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 Oisif et nonchalant., et la suite...

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Sarück

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MessageSujet: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:49

Oisif et nonchalant.

(Episode I)

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Rêveur, les yeux perdus à l'horizon, Sarück scrutait sans beaucoup d'attention la passe qui ouvrait le port sur l'océan.
Deux jours qu'il était à quai, deux jours que les réparations allaient bon train sur l'Aleptos après cette rencontre malheureuse avec un brigantin de guerre pyrate.
Tiré de sa rêverie par cette pensée, le batave cracha rageusement dans l'eau claire de la rade depuis le promontoire où il s'était installé.

Satanés pyrates croisés par obligation et gardés à distance par nécessité. Ils avaient mis voile sur le lougre et tenté de le couler aux blindés avant que Sarück n'ai rien pu faire.
Après les rapports alarmants de son second et de Bout de Bois, le charpentier, la solution de la fuite honteuse et infamante avait été prise. Confortée par la détection à la vigie d'un autre brigantin inconnu en approche sur cette mer qui semblait vide peu d'heures auparavant...
Les heures avaient passé dans le bruit rythmé des travaux de remise en état de la coque. De nombreux pigeons étaient venus apporter nouvelles et demandes, beaucoup d'autres étaient repartis avec d'autres nouvelles et d'autres questions, et quelques réponses.

La vie passait lentement à terre...

Sarück observait maintenant un vol d'albatros qui semblaient pêcher à quelques encablures de la passe. Les vols planés suivis des plongeons foudroyants étaient souvent couronnés de succès. L'un des oiseaux pourtant semblait bien malhabile dans ses tentatives.
Il avait attiré l'attention du marin par la couleur particulière de son aile gauche, comme si la nature moqueuse avait choisi de le gratifier à la fois d'une livrée burlesque et d'un don bien peu développé pour les choses de son espèce.
Ses tentatives répétées et ses envols au bec vide amusaient l'homme désoeuvré.
Un nouvel essai était tenté, mais son résultat fut caché par l'arrivée soudaine d'un petit navire dans la passe. Délaissant l'oiseau malheureux, Sarück jeta un oeil distrait à la tartane qui arrivait.
Un hollandais entrant dans un port hollandais.
Quelle nouvelle !
Nouveau crachat de lassitude devant cette vie terrestre imposée.

La tartane n'était pas un modèle de nouveauté, et ses voiles paraissaient bien usées. Ses sabords baissés laissaient transparaître de nombreux placardages et autres réparations, et son attitude un peu "sur le cul" la laissait pataude à cette allure. Mais Sarück devinait qu'en haute mer, c'était un avantage pour une navigation plus rapide.
Son intérêt en fut on-ne peut-plus attiré...
La flèche du grand mât fixée en biais, les haubans lâches devant et étarqués derrière pendant sa manoeuvre de rentrée au port, le renfort de la pseudo-dunette avec une pièce de défense, tous ces détails l'assaillirent et le firent bondir sur ses pieds.


"L' Hamadryad !!!" s'écria-t-il.

L'Hamadryad était de retour après tous ces mois d'absence.
Au delà de la joie nostalgique de contempler à nouveau son premier navire en ces eaux, Sarück bouillait d'impatience de retrouver Ruppert, son ancien second devenu capitaine de la tartane.
Que de choses à se dire, que de nouvelles à se transmettre.
Sarück allait bientôt regretter que les travaux de réparation touchent à leur fin...
Ruppert ne manquerait pas de rapporter d'Europe maintes et maintes informations.

Le sang de Sarück se glaça dans ses veines.
L'Europe, la France, le FUCK...
Ruppert avait-il des nouvelles à ces sujets ?
Seraient-elles bonnes ?
Seraient-elles les bienvenues ?...


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Sarück

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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:51

...les enfants marchaient nu-pieds, maigres et en haillons, sans chaine ni entrave tant leur état physique n'inquiétait pas leurs geoliers.
Sous le soleil ardents des contrées africaines, ils succombaient par dizaines lors de chaque étape, payant le lourd tribu de la malnutrition et de la vermine qui les rongeaient.
Tous ces petits cadavres seraient bientôt squelettes éparpillés dans les sables du désert, tristes traces d'une liberté reconquise par une poignée d'entre eux: les plus à plaindre n'étaient pas ceux pourriraient au soleil..."

Les pensées que ruminaient Sarück avaient recolonisé son cerveau dès qu'il avait compris que l'Hamadryad revenait.
Les retrouvailles avec son vieil ami en avaient été gâchées en maints points, tristes simulacres de bonheur gangréné par la terrible crampe qui serrait les entrailles par la simple évocation des nouvelles qui venaient de France.
Mais Sarück avait alors décidé de passer outre.
Il avait reçu diligemment les nombreux documents que Ruppert rapportait, puis les avait abandonnés sur son frêle bureau, simple table de navigation dans ce petit bâtiment, pour se consacrer uniquement aux retrouvailles de son ami.

Celles-ci s'était prolongées bien après le lever du jour, et lorsque Ruppert regagna la tartane, ce fut pour mettre voiles dans l'heure vers le quartier général du FUCK où l'attendaient des nouvelles missions.
Resté seul, Sarück s'était attablé face à ces colis et enveloppes. Rapidement, il avait dispersé partout sur le sol de la Grand'Chambre de l'Aleptos maints paquets et maints messages qu'il avait reconnus dénués d'intérêt par rapport à ce paquet épais enveloppé de toile cirée et hermétiquement scellé.
Sarück fixait le paquet sans se décider à l'ouvrir.
Sarück semblait hypnotisé par cette pièce de toile grisée, comme absorbé par un univers parallèle qui n'avait laissé sur le siège qu'une carcasse vide dénuée d'âme et d'esprit.
Même lorsque le second était venu s'enquérir des ordres de navigation après que le lougre avait été rejoint par deux de ses comparses de sa mission actuelle, il n'avait donné aucun signe de participation.
Le second était parti dépité et résolu à assumer les tâches courantes et les relations de base, espérant un prompt retour à la réalité de son capitaine.

Sarück, lui, était perdu dans le désert, ivre de soif et de fatigue, affamé et fourbu au milieu de milliers d'enfants qui l'accompagnaient dans le long calvaire d'une captivité naissante dont l'imagination candide et juvénile n'avait aucune idée des exactions futures qui peupleraient leur avenir...
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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:51

Le second de l'Aleptos allait et venait de la poupe à la proue afin de faire vivre et naviguer le navire.
Pendant ce temps, Sarück demeurait enfermé dans la grand'chambre, assis à son bureau, torturé par ses rêves.

Rien ne semblait plus exister pour lui en dehors de ce paquet de toile grise dont il repoussait sans cesse l'ouverture.
Rien ne semblait plus le toucher dans cet univers terrestre ou maritime, captivé qu'il était par sa vision cauchemardesque.

Les appels et les cris ne l'avaient pas tiré de sa léthargie, les crissements des roues des canons sur le pont non plus, ni les fracas des tirs à bout portant.

La cloison avait explosée dans la grand'chambre comme sous la pression intense d'une main géante sur la coque du navire. Espars et débris avaient zébré l'espace de leurs trajectoires acérées et s'étaient cloués ou enfoncés dans tout ce qu'ils avaient rencontré. Ici la carte en parchemin tendu au mur et rapidement lacérée comme par les griffes cruelles d'un guépard en chasse, là le carafon de rhum qui avait volé en éclat sous la volée de projectiles, et là encore la nuque et le dos offerts du capitaine batave.

Les coups suivants continuèrent à réduire en miettes la structure du lougre, couvrant les cris de l'équipage et les rugissements des pyrates assaillants. Ces bâtards avaient décidé de fracasser la coque, et ce fut bientôt chose faite sous les coups répétés des deux assaillants.

Alors que les derniers instants du lougre s'égrenaient, le second et trois hommes firent irruption dans la grand'chambre. Deux se chargèrent de leur capitaine qui gisait inconscient. Le voyant mort, l'un d'eux le reposa et quitta rapidement la pièce. Un coup de feu claqua, et l'homme s'abattit en travers du seuil. Les deux autres marins regardèrent le second qui venait de tirer.

"On emmène ce coquin, même si sa vie ne tient plus !"
" J'ai encore de quoi en tuer un !" ajouta-t-il en pointant un autre pistolet.

Les deux marins se ressaisirent à regret du corps encombrant, regardant de biais et avec aigreur leur officier de navigation.

Voyant leur peu d'empressement, le second ajouta :

"Si on ne le ramène pas, les hommes en noir nous tuerons à coup sur."
"Mais si le corps nous accompagne, l'Embrumé nous donneras de l'or..."

Un regain d'intérêt se lut dans les yeux des porteurs qui filèrent rapidement à la chaloupe. Le second rafla tous les documents qu'il pouvait sur le bureau et partit à leur suite.

Moins de trois minutes plus tard, de la chaloupe qui s'éloignait, des regards aux sentiments mitigés regardèrent sombrer le lougre et s'éloigner les deux pyrates victorieux...
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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:52

Le voyage était devenu de plus en plus difficile.

La chaloupe commençait à naviguer en crabe et devenait de plus en plus lente.

L'équipage de l'Aleptos, enfin ce qui en restait, pestait de plus en plus contre le second et ses idées mirobolantes.

Tout ce qui devenait de plus en plus quelque chose le faisait dans la mauvaise direction...

Le corps du Sarück prenait énormément de place dans le frêle esquif, et les paquets de documents embarqués au dernier moment empêchaient chacun de prendre un semblant de confort. Tous récriminaient maintenant ouvertement, tous devenaient penseurs et tous se savaient dans le vrai en disant que le capitaine avec tout son fatras devait rejoindre les poissons de l'océan.
Trois hommes étaient sur le point de passer à l'action, attendant que le second s'endorme enfin, quand le corps inerte de Sarück fut traversé de tremblement et qu'un râle long et bas s'échappa de sa gorge...

...

L'état de santé du capitaine s'était amélioré dans la mesure où il respirait maintenant régulièrement, par contre il n'avait pas repris connaissance durant les cinq jours passés dans la chaloupe.
Le second, avec le retour à la vie de Sarück, la crainte des hommes en noir, les risques de vendetta du FUCK et la promesse d'une éventuelle récompense, avait fini par convaincre chaque homme que les documents embarqués devaient être conservés à tout prix et considérés comme des coffres de piastres. Mais les hommes restaient mécontents de leur situation...

...

Le bruit de la canonnade avait été perçu avant que l'on aperçoive les gréements. Mais bientôt, les voiles noires de deux navires de la CNC furent en vue, virevoltant autour d'un navire pyrate dont l'aspect se dégradait à vue d'oeil. Le vaisseau deux ponts, harcelé par d'encombrants moustiques, venait de perdre son grand mat quand les deux attaquants passèrent à l'abordage et finirent par éliminer leur proie.
La chaloupe était encore trop loin des navires, et le crépuscule empêcha les vigies de les repérer...

...

La chaloupe entra dans le port de Florida au moment où Sarück reprenait conscience.
Après un court instant de liesse à bord de la chaloupe, les marins s'affairèrent aux procédures de rentrée au port pendant que le second s'entretenait avec le capitaine.
Après avoir appris le lieu de leur arrivée et les détails de leurs possessions, Sarück articula péniblement :

"Pas assez de piastres... Trop loin de Yagana et de nos deux millions..."
La respiration devenait plus rapide et semblait plus difficile.
"Contactez Blackwood, ... le coffre du mois dernier..."
Les mots sortaient de plus en plus difficilement de la gorge du batave.
"Et demandez aux membres de la CNC ... quelques dizaines ... milliers ... piastres..."
Sarück était retombé sans connaissance quand la chaloupe avait atteint le quai...
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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:53

Post de Jefferson Blackwood :


" Pourquoi t'en être chargé toi-même ? Une poignée d'hommes en noir auraient fait l'affaire ... "

" Non Morgan ... pas pour lui ... "

Une barque longue était sortie il y a peu du chantier naval de Florida, un pavillon noir à la médiane rouge, flottant désormais au sommet du plus haut mat.
Quelques jours plus tôt, une chaloupe avait accosté au même endroit ...

Sur le bord du quai, Blackwood et son second assistait au va et vient des esclaves indigènes, chargés de transporter en cales les denrées nécessaires.
Un homme en noir, au poste d'intendant, dirigeait les manœuvres, au pied de la passerelle menant sur le pont, tandis qu'un autre se présentait devant le capitaines anglais :

" Monsieur Blackwood, comme demandé, voici le meilleur cuisinier de Florida, ainsi qu'un joueur de violon ... "

" Vos noms messieurs ... "

" Vennegoor monsieur. Jusqu'à il y a une heure, j'étais cuisinier de mon propre restau... "

"Sais-tu as qui tu as à faire avant de parler, cuisto ? "

L'homme fut coupé net dans sa tirade par Morgan, lequel avait la main sur sa pistole ...

" Allons Morgan, rétorqua Blackwood, monsieur Vennegoor apprendra vite que son intérêt n'est plus à son commerce en ville, mais auprès de notre Compagnie désormais. Quant à vous monsieur ? "

" Joris monsieur. Joris tout court. "

" Quant à vous monsieur Joris tout court, redonnez le moral à l'équipage, pendant que monsieur Vennegoor redonnera des forces au capitaine du navire. Merci à vous. "

Tendis que les deux citoyens bataves restaient là, l'un penaud, l'autre presque satisfait, Blackwood se tourna, et d'un signe de la main, appela l'agent de la Compagnie noir, pour l'emmener marcher le long du quai :

" Très bien. Qu'ils embarquent et prennent leurs aises dans leurs quartiers. Ensuite, prenez cette bourse, et réglez la note de la taverne. Est-ce que les hommes d'équipage ont fait leur rapport ? "

" Oui. Apparemment, le navire a subi les assauts d'un pirate, sans que le capitaine Sarück ne soit à la barre pour mener la manœuvre défensive ... il a été retrouvé dans sa cabine, gravement blessé. "

" Tu tiens ça du second ? "

" Ouais ... mais c'est pas tout. Si Sarück était absent lors de l'attaque, c'est qu'il voulait rester seul avec ce paquet dans sa cabine. "

L'homme en noire sortit de sous son manteau un paquet de toile grisée, qu'il tendit à Blackwood, ce dernier saisissant le paquet, sans pour autant que son interlocuteur ne le lâche :

" C'est que ... les hommes d'équipage ont pensé obtenir une compensation pour ce qu'ils ont considérés comme, dirons-nous, un acte de bravoure envers la Compagnie ..."

" Bien sur ... je m'en chargerai. Lorsque le navire aura un nom et sera prêt à prendre le large, j'irai à l'encontre du second et des survivants. "

" Très bien. Du coup, j'attendrai ici le prochain navire pour le Centre. Mon rapport écrit vous sera donné ce soir, sur votre pont. "

" Très bien. "

Blackwood regarda un moment le paquet qu'il tenait du bout des doigts. Il le faisait tourner, comme pour déchiffrer son contenu, sans pour autant pousser plus loin sa curiosité. Il le tendit à Morgan, alors que ce dernier approchait :

" Gardes ceci pour moi, veux-tu. Dès que Sarück reprendra ses esprits, tu lui rendras. Un dernier service : renseignes toi sur l'équipage survivant, et sur le second. Ils demandent une récompense, que j'ai un peu tendance à considérer comme une rançon ... prouves moi que j'ai tort ..."

" Bien."

Tandis que Morgan disparaissait dans les rangées de vivres et de caisses sur le quai, Blackwood se tourna vers la coque de la barque, et en direction de ce qui semblait être la cabine de Sarück :

" Courage Ami. Encore quelques actions à accomplir, avant la plénitude ..."
_________________
Jefferson T. Blackwood, dit l'Embrumé,

Capitaine du Black Needle,
Membre de la Compagnie Noire des Caraïbes,
Lauréat du Boulet D'or anglais, cuvée 1608.


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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:55

L'état de santé de Sarück s'améliorait chaque jour.
Depuis ses quelques instants de conscience initiaux, les jours s'étaient lentement égrenés et sa lucidité revenait vite.

D'abord surpris de l'ordinaire bien peu ordinaire qui lui était servi à chaque repas, il s'en était rapidement accommodé pour ne plus imaginer d'autres conditions de vie.

Avec le retour de ses perceptions était revenue l'obsession des nouvelles de France. Le fameux paquet de courriers en toile grise et son contenu prévisible qui donnerait des renseignements sur le passé de la Compagnie Noire. L'étape nécessaire à atteindre et franchir, aussi contraignante et inconfortable fut-elle, et dont il continuait à repousser l'échéance avec autant de conscience que d'inconscience...

Son confort actuel l'engluait dans son déni, renforcé par ses entrevues biquotidiennes avec Joris, le violoniste maintenant attitré de la Sélène, dont les arpèges virevoltantes l'attiraient et le rassuraient en opposition avec les nouvelles dérangeantes du paquet gris.
Initialement auditeur des interventions de Joris, Sarück avait demandé au musicien de l'accompagner. Un second violon se faisait maintenant entendre lors des séances biquotidiennes.
Plus lente, moins assurée et souvent en décalage du chant prévu, cette deuxième voix irritait fort les auditeurs passifs du navire.
Sarück, conscient de ses piètres performances, masquait pourtant obstinément son manque de technique par l'absence de son violon attitré resté quelque part dans une de ses malles lors d'un changement de bord ancien.
Joris, entièrement à son rôle, avait modifié ses prestations pour les transformer en leçons déguisées, et celles-ci commençaient à porter leurs fruits.
La vieille maxime comme quoi Sarück se tournait vers la poésie à défaut du violon était-elle sur le point de disparaître ?

La réalité du paquet gris demeurait pourtant une constante de la pensée du corsaire, mais il n'en avait fait nulle mention depuis son réveil.
Il en avait décidé ainsi par confort, bien sur, mais aussi par prudence...

Sa cabine était nue de tout document.
Ses livres de bord étaient neufs et ses anciens écrits semblaient avoir été perdus dans le naufrage.
L'équipage avait été entièrement renouvelé.
Le second de la barque longue lui était inconnu, et personne ne semblait savoir ce qu'était devenu celui qui l'avait accompagné sur l'Aleptos. Son attitude équivoque relative à une récompense pour service rendu semblait lui avoir été fatale. Sarück avait eu certains doutes à son encontre lors de ses premiers retours à la réalité et n'était pas chagriné de son absence, mais cette providentielle disparition était surprenante.
Le second actuel montrait dans son attitude la rigueur et la compétence acquises aux enseignements de la Compagnie.
Une silhouette sombre, furtive mais on ne peut plus présente, s'était montrée à plusieurs reprises. Attentive et assidue aux moindres faits et gestes de Sarück, elle l'avait d'abord intrigué puis persuadé de la constante et entière présence de la Compagnie Noire sur la Sélène.
Cette présence, même si elle pouvait apparaître normale en les circonstances, était pourtant préoccupante...

Sarück, dés cette prise de conscience, avait mandaté plusieurs membres du FUCK à différentes missions, mais aucun retour n'en était encore issu. Ces silences inquiétants n'avaient pourtant pas empêché Sarück à prendre d'autres dispositions.

Après quelques navigations incertaines aux alentours de Florida, le cap fut bientôt mis sur une plage isolée où, selon la mémoire renaissante du capitaine, un coffre les attendait.

Les projets secrets du batave étaient simples.
Profiter de ces piastres pour reprendre en main son navire...
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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:56

La recherche des coffres cachés ne posa aucun souci.

De retour à bord, l’équipe de fouille diffusa bientôt largement la nouvelle, créant un véritable élan de joie parmi les marins.
Fraîchement engagés, nombre d’entre eux se voyaient déjà hériter du fruit des victoires passées. Cette attitude fut encore renforcée par les dires de trois gabiers qui prônèrent le partage de ces richesses au sein de l’équipage.
Cette idée fit rapidement son chemin et bientôt elle s’exprimait ouvertement, jusqu’aux oreilles du capitaine…

Sarück, conscient du sentiment d’avidité qui se développait, rassembla l’équipage.
Flageolant sur des appuis précaires, soutenu par une béquille rudimentaire, il fit apporter quatre des six coffres déterrés et fit face aux marins pour leur tenir ce discours :

« Compagnons ! »
« Vos demandes m’ont été transmises et sachez qu’elles seront honorées, mais il nous faut d’abord penser à notre avenir proche. »
Un murmure de satisfaction devant la promesse faite, mais également de réprobation avec le report de l’échéance attendue parcourut l’assemblée.
« Pour vous rassurer, ces coffres seront ré-enterrés par VOS soins afin d’être ensuite disponibles pour le bien de tous ! »
« Je ne participerai pas à cette cache, ni aucun de mes officiers ! »
« Que ceux qui veulent se charger de cette tâche se manifestent maintenant ! »

Surpris, les marins se regardèrent indécis.
Profitant de ce répit, les trois gabiers s’avancèrent en déclarant :

« Nous en serons, Capitaines ! »
« Qui vient avec nous ? »

Alors, comme libérés par ces paroles, plusieurs marins se déclarèrent volontaires.
Mais comme trop d’hommes voulaient partir, ce furent ceux qui étaient les plus impliqués dans la demande qui persuadèrent les autres de les choisir pour cette mission commune.
Les coffres furent embarqués sur deux canots et bientôt les petites embarcations disparurent de vue pour aller cacher les futures fortunes de chacun.

Le lendemain matin, au changement de quart, Sarück et six de ses plus vieux compagnons de navigation étaient sur la dunette.
Munis de mousquets et de pistoles, le sabre aux côtés, deux pièces de trois livres chargées de mitraille pointées vers le pont central, ils rassemblèrent les marins devant eux.
Sarück, libre de toute béquille, campé bien droit devant ses marins, déclara :

« Hommes d’équipage ! »
« Vous paraissez devant moi pour répondre de votre acte de rébellion récent. »
« Vous avez deux options : rester à bord sous notre surveillance armée jusqu’au port pour y être débarqués à notre arrivée, ou tenter votre chance par-dessus bord ! »
La vision des boutefeux proches des pièces chargées, celle des hommes armés autour du capitaine et le discours émis provoquèrent un frisson d’effroi…
Tous portèrent le regard vers les plats-bords qui les séparaient de l’océan.
Le second, présent sur le pont, tenta de prendre la parole. Il fut rapidement ramené au silence par un Sarück intraitable…

A ce moment, le bruit sourd d’un objet heurtant la coque se fit entendre.
L’espoir revint aux marins avec le retour de leurs camarades des canots.
Lorsque un, puis deux des gabiers prirent pieds sur le pont, des sourires germèrent sur les visages burinés. Mais s’effacèrent bientôt lorsque les gabiers saluèrent Sarück en disant :

« Mission accomplie, Numéro 6 ! »
« Les coffres sont là avec Raft, les mutins alimentent les crabes de la mangrove… »


Abattus, abandonnés, les marins baissèrent la tête et reprirent silencieusement leurs tâches. Les coffres furent rapidement hissés à bord et le cap fut mis sur le port proche.

A leur arrivée, tout le monde fut débarqué sous le regard attentif d’un groupe important d’hommes en manteaux sombres du FUCK présents sur le quai. Aussitôt à terre, les marins disparurent dans la foule, heureux de rapporter leur vie dans leur paquetage.
Sarück, ses six vieux compagnons et les trois membres du FUCK débarquèrent à leur tour avec les coffres convoités, et rejoignirent leurs Kamarads.
Alors que la troupe quittait les quais, Sarück se retrouva nez à nez avec l’ombre de la CNC qu’il avait vu souvent à son bord pendant sa convalescence.

« Bonjour Sarück ! » dit l’homme.
« Jefferson Blackwood m’avait mis en garde, mais je craints d’avoir sous-estimé mon rôle… »
Un léger sourire germa sur la face de Sarück en repensant au tour qu’il avait joué à l’homme de la CNC.
« Que voulez-vous, nous étions prêts à appareiller dés que vous avez tourné le coin pour faire votre rapport quotidien à la Compagnie. »
« Mais rassurez-vous, nous sommes revenus… »

L’homme sourit à son tour, son regard se portant tour à tour sur la Sélène désormais vide, les coffres qui s’éloignaient et son interlocuteur.
« Nouveau navire en projet ? »
« Oui ! »
« Et un nouvel équipage, plus sur et plus fiable, même s’il sera moins performant que celui de la CNC… »

« Bien sur… »
« Je suis Morgan. »
« Le Capitaine Blackwood m’a chargé de veiller sur vous jusqu’à votre remise sur pied. »
« Je vois que je peux considérer ma mission comme terminée. »

Portant la main dans les replis de son habit noir, Morgan sortit le paquet de toile grise qu’il tendit à Sarück.
« Je dois vous remettre ceci également. »
« Vos autres documents trouvés sur l’Aleptos vous attendent à la Colline… »


Surpris, Sarück fixa l’homme et le paquet, comprenant que ses craintes vis-à-vis de la CNC avaient peut-être dépassées la réalité.
Se saisissant du paquet, il remercia Morgan et répondit rapidement à son salut : l’homme s’éloignait déjà…

Il avait à peine parcouru dix pas qu’il se retourna et cria :

« J’oubliais ! »
« Joris et le cuisinier ! »
« Ils ne sont pas de chez nous !... »


Sarück hocha la tête et signifia un nouveau salut à Morgan, puis reprit sa marche avec ses vieux compagnons.
Morgan ayant disparu dans la foule, Sarück rejoint rapidement l’un d’eux et lui chuchota :

« Retrouve moi vite Joris et le cuistot, et ramène-les ici ! »
« Je les réengage… »


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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:57

L’ Akataleptos avait été rapidement armée.
Son équipage, 100% FUCK, avait eu à reprendre les fondamentaux de la navigation et du combat, mais la motivation était bonne conseillère et des progrès sensibles furent très vite réalisés.
Les exercices succédaient aux exercices, quelques fois interrompus par la rencontre d’un marchand qui venait par sa seule présence modifier l’ordinaire de la vie à bord.

Quand le cas de la formation de ses hommes fut en partie réglé, Sarück laissa le soin au Maître d’équipage et se retrouva, bien malgré lui, libre de retourner à ses documents. Il avait délaissé cette tâche un temps trop long, un temps rempli d’autres tâches plus urgentes, un temps rempli d’autres tâches plus importantes, un temps rempli de tout ce qu’il avait pu trouver à faire avant de se retrouver devant cette nécessaire confrontation…

Dans la grand’chambre de la frégate, Sarück sortit le paquet de toile grise de son coffre à document et le déposa sur la table à carte. Là, tirant le tabouret haut qui lui permettait de surplomber même les représentations des océans les plus larges, il s’assit.
La cordelette noyée dans le cachet de cire qui fermait le paquet fut rapidement défaite, le pan de toile grise déplié et la liasse de documents qui venait de France entra enfin en contact avec l’air des tropiques.

Malgré la longue période passée dans cette toile et les difficiles conditions de conservation rencontrées dans la chaloupe, les documents ne portaient aucun stigmate de détérioration ou quelconque dégradation.
Sarück les étendit rapidement sur la table avec un petit pincement au cœur en reconnaissant l’écriture sur la lettre d’accompagnement du paquet.
L’homme qui lui avait envoyé ces documents, celui que lui-même avait envoyé en mission en Europe il y a plus d’un an, celui en qui il avait placé sa confiance était maintenant mort depuis trois mois.
Un message laconique des autres membres du FUCK en France avait annoncé la disparition « accidentelle et brutale » de Spencer au cours d’une paisible promenade à cheval dans l’arrière pays provençal. Un berger l'avait retrouvé mort au bas d'une pente raide que la sente qu'il avait prise longeait. Aucun indice sur un éventuel attentat à la vie de leur ami n'avait été relevé par les hommes du FUCK sur place, mais les piétinements du berger, du troupeau et des curieux avaient rendu le lieu impropre à toute déduction...

Saisissant la lettre, Sarück plongea dans sa lecture…
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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:57





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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:58

La lecture de la lettre de Spencer plongea Sarück dans une profonde affliction.
Cet homme s’était su en danger.
Cet homme avait anticipé son destin.
Il avait prévu ce qui allait se passer, et pourtant il avait continué sa mission.

La gorge du batave se serrait à l’évocation de ce loyal compagnon maintenant disparu.

Et tout ça pour quoi ?
Pour mener un peu plus loin cette recherche si vaine, jusqu’à présent, sur le passé de la Compagnie Noire.
Pour statuer sur l’implication éventuelle de cette même Compagnie Noire dans la tragédie que fut la Croisade des Enfants.


« Maudit Pyrate ! » s’exclama Sarück en repensant à Bram Hawkins, " Celui par qui tout avait commencé "…

Déposant la lettre de Spencer, Sarück se saisit des documents qui l’accompagnaient.
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Sarück

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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 21:58




La vérité était tombée comme un couperet, la Compagnie Noire avait bien eu maille à partir avec ces fieffés esclavagistes qui avaient déporté tant d’enfants.
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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 22:00

Toujours en mouvement est l’avenir.

(Episode II)


Dernière édition par Sarück le Mer 14 Avr - 22:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Oisif et nonchalant., et la suite...   Mer 14 Avr - 22:04

La vérité était tombée comme un couperet, la Compagnie Noire avait bien eu maille à partir avec ces fieffés esclavagistes qui avaient déporté tant d’enfants.

Au plus profond de Sarück, la petite voix qui criait « il s’agit d’actes de candidature, pas de preuves de leur adhésion ! » était étouffée par les pleurs et les hurlements des jeunes esclaves livrés en pâture à leur triste destin. Tous les arguments possibles pour reculer, encore et encore, la décision imminente étaient balayés par les vagues immondes de la rancœur et du rejet.

Rassemblant brutalement les documents éparses, Sarück les remit dans le coffre et quitta la grand’chambre pour gagner le pont de la frégate.

« Holà ! Walter ! »
Le jeune aspirant préposé aux fanions arriva rapidement.

« Envoyez le fanion 78 ! »
Surpris, l’aspirant dévisagea Sarück puis partit rapidement vers le grand mât passer son message.
Sarück s’approcha alors du second qui se tenait derrière l’homme de barre.
Le second, levant le regard pour suivre le carré de toile qui montait au zénith du navire tressaillit également en comprenant le message :

« je quitte le groupe ! »

Sarück appela le second à l’écart et dit :

« L’Embrumé doit être assoupi à cette heure. »
« Faites tirer la pièce n°9 pour signaler le message. »
Puis, sur un ton plus bas et avec un regard glacial :

« Et si le chef de pièce oubliait de décharger le blindé avant le tir et que celui-ci se fiche dans le gréement du Black Nebula, il aurait triple ration de rhum comme punition… »
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